Revue de Presse
Source : Le Journal du Dimanche
"La parole du président est usée"
Martine Aubry répondra lundi soir sur France 3 puis mardi matin à la radio à Nicolas Sarkozy. Les socialistes ne changeront pas de ligne et continueront à demander de la "clarté et de la transparence" dans l’affaire Bettencourt-Woerth. "Il faut que le président de la République et le Premier ministre l’acceptent : ils auront à répondre des faits de cette affaire et ils doivent faire cesser la confusion des genres entre le monde de l’argent et la gestion de l’Etat", affirme Harlem Désir, no 2 du PS. Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, estime que "face à la crise de régime, la parole de Nicolas Sarkozy est usée".
Qu’attendez-vous de l’intervention
télévisée de Nicolas Sarkozy?
Il est allé au bout de ce qu’il peut faire
par les mots, les Français attendent des actes. Sa parole s’est beaucoup usée,
par une utilisation trop fréquente et par les faits qui ont régulièrement
démenti ses propos. Je le rappelle, la dernière fois que le chef de l’Etat est
intervenu à la télévision, il a affirmé que le chômage allait baisser dans les
semaines suivantes et il a fortement augmenté depuis. Et rien n’indique que la
situation s’améliorera à terme, les prévisions de croissance sur lesquels
s’appuie le gouvernement sont déjà revues à la baisse. Les Français n’y croient
plus, c’est comme ça.
Les affaires contribuent-elles à
cette perte de confiance?
L’affaire Bettencourt et le problème Woerth,
celle d’une double casquette trésorier et ministre, sont plus des révélateurs
d’une situation qu’à l’origine de cette situation: nous vivons une crise de
régime. Pour s’en sortir, le Président à la parole usée doit agir, soit en
annonçant une dissolution de l’Assemblée nationale, soit un remaniement très
profond, avec un gouvernement resserré, composé de personnalités irréprochables,
incontestables.
Dans ce climat, la droite et la
gauche peuvent-elles encore travailler ensemble, comme vous le faites en tant
que président de la commission des finances de l’Assemblée nationale?
Le
consensus n’est jamais impossible à condition qu’il se construise, ce qui
suppose de la part du pouvoir d’écouter l’opposition et de respecter ses
membres. Jusqu’ici, le Président a surtout moqué les dirigeants de l’opposition.
Il a considéré qu’il était le DRH du PS. Vu ce qui lui arrive, je me dis qu’il
aurait mieux valu que Nicolas Sarkozy s’occupe de ses amis ! Un consensus
national, pourquoi pas ? Ça ne me fait pas peur de le tenter si on ne se moque
pas de nous.
C’est-à-dire?
Le président
de la République semble vouloir réviser la Constitution pour établir une
nouvelle gouvernance des finances publiques. Mais on ne peut pas mettre fin aux
petites lâchetés collectives quand on s’apprête à en commettre une grande. Si le
gouvernement veut du consensus, il ne doit pas allonger la durée d’amortissement
de la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale) de quatre ans et ainsi
transférer près de 50 milliards de dettes sans avoir à transférer les ressources
correspondant à cet amortissement. Faire ça, c’est revenir sur la loi organique
de 2005, votée par la droite alors que Nicolas Sarkozy était ministre de
l’Economie et des Finances. Reporter les dettes sur les générations futures,
celles qui ne les ont pas créées, c’est immoral.
Cécile Amar - Le Journal du Dimanche
Dimanche 11 Juillet 2010

