Jean-Pierre ELKABBACH

Jérôme CAHUZAC, bonjour. Merci d’être là.

Jérôme CAHUZAC, président socialiste de la commission des Finances

Bonjour, Jean-Pierre ELKABBACH. Merci de votre accueil.

Jean-Pierre ELKABBACH

Eric WOERTH se bat et se débat. On l’a vu encore hier soir sur TF1. Il est apparu sincère, faussement serein et déterminé. Est-ce qu’il vous a convaincu ?

Jérôme CAHUZAC

Je ne l’ai pas vu. Donc, j’aurais du mal à vous livrer un témoignage mais peut-être ce que je vais dire sera alors plus objectif. J’avais dit, à l’époque, qu’il n’y avait pas d’affaire WOERTH. Je maintiens ce point de vue. Je pense toujours, en revenche, qu’il y a un problème WOERTH lié a sa double casquette de ministre et de trésorier de l’UMP. Je pense que ça n’est pas possible. Il n’y a aucune démocratie au monde où le trésorier du parti majoritaire appartient au gouvernement. Et puis, je crois surtout que ce problème WOERTH est le révélateur de quelque chose de plus grave et qui est, probablement, une crise de régime.

Jean-Pierre ELKABBACH

Si Eric WOERTH est l’homme que le PS croit et qu’il critique, pourquoi le PS ne réclame-t-il plus sa démission ou pas sa démission ?

Jérôme CAHUZAC

Parce que je pense que, à gauche, davantage que à droite en d’autres temps, la présomption d’innocence fait partie de nos valeurs morales et la présomption d’innocence ne doit pas être réservée à ses propres amis. Ses concurrents, ses adversaires politiques…

Jean-Pierre ELKABBACH

Surtout qu’on a de la mémoire.

Jérôme CAHUZAC

y ont évidemment droit.

Jean-Pierre ELKABBACH

En septembre, le PS le laissera-t-il ou le laisserait-il conduire la réforme des retraites ?

Jérôme CAHUZAC

C’est le Parlement qui en décidera et il ne vous a pas échappé que les députés socialistes ne sont pas majoritaires au Parlement. Mais, plus généralement – je reviens sur ce que je vous disais tout à l’heure – je ne crois pas qu’il y ait une affaire WOERTH, je crois que c’est plus grave et il y a une crise de régime dans la mesure où la gouvernance dont « bénéficie », entre guillemets, notre pays depuis maintenant trois ans atteint sa limite. Nous sommes à un blocage.

Jean-Pierre ELKABBACH

Oui. Pourquoi ? Comment ? Par exemple, aujourd’hui, tout le monde réclame la parole du président de la République. Est-ce que vous croyez que ça suffit qu’il parle ?

Jérôme CAHUZAC

Il parle depuis trois ans. Maintenant, il faudrait des actes pour sortir de cette crise de régime, de cette crise politique, de cette crise morale.

Jean-Pierre ELKABBACH

Quels actes ?

Jérôme CAHUZAC

Il a deux solutions. Soit il redemande au peuple de faire des choix, soit il estime que sa légitimité est encore suffisamment forte pour prendre des initiatives de nature gouvernementale. Beaucoup pensent que le remaniement ministériel ne peut, évidemment, attendre plusieurs mois et, d’ailleurs d anciens membres du gouvernement en ont tiré déjà la leçon puisque au moins un d’entre eux, JOYANDET, a estimé devoir démissionner pour préserver son honneur. Je m’étonne qu’il ait été le seul à avoir cette réaction.

Jean-Pierre ELKABBACH

Et Christian BLANC avait probablement annoncé sa démission aussi dès le vendredi, et peut-être même le dimanche. Vous avez dit tout à l’heure « Au peuple de décider, au peuple de choisir », qu’est-ce que ça veut dire ?

Jérôme CAHUZAC

La dissolution de l’Assemblée nationale. C’est déjà arrivé. C’est déjà arrivé qu’un président de la République, sentant sa légitimité chanceler, en appelle au peuple qui, seul, est souverain et dont le verdict seul est sans appel.

Jean-Pierre ELKABBACH

Jérôme CAHUZAC, en son nom personnel, dit, ce matin, « Il faudrait dissoudre l’Assemblée » et, probablement, organiser des élections législatives anticipées, si j’ai compris.

Jérôme CAHUZAC

Je n’ai pas dit ça .Si vous m’avez bien entendu, j’ai dit que le président de la République n’en est plus à parler, il en est à agir pour sortir d’une crise de régime…

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais vous dites « dissolution ».

Jérôme CAHUZAC

Pour agir, soit il dissout, soit il remanie le gouvernement, fait un gouvernement de combat, non pas avec quarante ministres comme aujourd hui, dont on ignore, d’ailleurs, la moitié des noms à supposer qu’on sache même ce qu’ils fassent, un gouvernement de combat resserré, moralement irréprochable, avec des règles de fonctionnement qui, cette fois-ci, seront tenues. Soit il n’a pas les moyens d’imposer cela à sa majorité, et alors il faut qu’il en appelle au peuple.

Jean-Pierre ELKABBACH

…C’est le, le président de la République, et on l’avait connu avec François MITTERRAND, avec Jacques CHIRAC, est toujours maître du jeu et du calendrier.

Jérôme CAHUZAC

Je pense que et Jacques CHIRAC et François MITTERRAND avaient conservé une distance au pouvoir et aux affaires de l’Etat que Nicolas SARKOZY n’a pas su conserver et c’est une des origines de la crise de régime que nous connaissons.

Jean-Pierre ELKABBACH

Pour le problème WOERTH, dont vous parliez tout à l’heure, Jérôme CAHUZAC, vous ne parlez pas de la justice. Est-ce que vous ne pensez pas que c’est à elle d’interroger tous les protagonistes sans aucune exception et de trouver la vérité et, en tout cas, des preuves ?

Jérôme CAHUZAC

Quand j indique que la présomption d’innocence n’est pas à réserver à ses amis politiques mais que, si elle existe, elle est pour tout le monde, c’est, naturellement, ce que je sous-entend. C’est à la justice à faire son travail. La difficulté, pour la justice, et notamment à Nanterre, et en particulier pour le procureur COURROYE, sera pour celui-ci de convaincre qu’il fait, effectivement, son métier sans tenir compte de ceux ou celui à qui il doit, aujourd’hui, sa position…

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais, mais même, mais même COURROYE bénéficie-t-il, à vos yeux, de la présomption d’innocence ou il est déjà coupable de sarkozysme ?

Jérôme CAHUZAC

Serait-il sarkozyste que ça ne serait pas un délit. Il ne faut quand même pas exagérer. En revanche, dans le litige privé opposant madame BETTENCOURT à sa fille, d’évidence, monsieur COURROYE a, à tout le moins, informé l’Elysée, ce qu’il n’avait pas à faire, de sa décision. Je n’ose dire qu’il y a pris des instructions car je n’ai pas d’éléments pour cela mais, si monsieur COURROYE…

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais, vous voyez, vous aussi, vous vous livrez à des accusations sans preuves ?

Jérôme CAHUZAC

Non, non…

Jean-Pierre ELKABBACH

Il faut des preuves.

Jérôme CAHUZAC

Non, je ne me livre à aucune accusation…

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais, la justice, malheureusement, comme il est muet...

Jérôme CAHUZAC

Jean-Pierre ELKABBACH, si vous écoutez bien ce que je vous ai dit, nous avons la preuve que, à tout le moins, le procureur COURROYE a informé l’Elysée de décisions dont il n’avait pas à tenir informé l’Elysée. J’ose espérer qu’il n’y a pas pris d’instructions. Ca n’est pas une accusation, c’est une question.

Jean-Pierre ELKABBACH

Qui croire, Eric WOERTH, ex-ministre du Budget et toujours trésorier, critiqué, de l’UMP ou Claire THIBOUT, douze ans comptable de madame BETTENCOURT et qui savait qu’il existait des comptes illégaux en Suisse, une île non-déclarée et qui a reçu plus de 400 000 euros d’indemnités de départ ? Qui croire aujourd’hui ?

Jérôme CAHUZAC

C’est à la justice à faire la part des choses mais le fait d’être ministre ne vous confère pas une parole d’un poids plus fort que celle d’une comptable à la retraite.

Jean-Pierre ELKABBACH

Dans la presse, j’ai relevé deux, deux phrases. L’une de « La Croix » : « Les révélations en miroir contre des personnalités de gauche ne vont pas tarder, vraies ou fausses. Le ton monte. L’image de l’engagement politique ne sort pas grandi de l’épisode ».

Jérôme CAHUZAC

Il est probable que certains, à l’UMP, on sait qui pourrait s’en charger, vont tenter d’allumer des affaires qui seront autant de contre-feux…

Jean-Pierre ELKABBACH

Qui, qui, qui parce que…

Jérôme CAHUZAC

Vous allez m’accuser…

Jean-Pierre ELKABBACH

D’être précis.

Jérôme CAHUZAC

Vous allez me dire que j’accuse encore sans preuves. Donc, je ne me livrerai pas à ce genre de devinette.

Jean-Pierre ELKABBACH

Donc, il ne faut pas le dire si on n’a pas le moyen de le préciser…

Jérôme CAHUZAC

Voilà.

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais on voit à qui vous pensez.

Jérôme CAHUZAC

Oui.

Jean-Pierre ELKABBACH

Deuxième phrase…

Jérôme CAHUZAC

Vous voyez que, vous aussi, vous pensez au même.

Jean-Pierre ELKABBACH

« Les Echos »… – aux mêmes, peut-être avec des « s » – « Les Echos », « En sacrifiant, fusse dans un plus vaste remaniement, un ministre sur l’autel du populisme, Nicolas SARKOZY affaiblirait son pouvoir plus qu’il ne le renforcerait ».

Jérôme CAHUZAC

Je ne suis pas sûr que ce soit sur l’autel du populisme, je crois que ce serait ur l’autel des erreurs commises. L’erreur, il y en a eu plusieurs, mais au moins une fut commise, celle de confier à Eric WOERTH la double tâche de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget quand on sait que donner à un parti politique confère des avantages fiscaux…

Jean-Pierre ELKABBACH

Alors…

Jérôme CAHUZAC

Confier au même cette double casquette était, évidemment, une erreur et, d’ailleurs, Eric WOERTH, interrogé sur ce sujet à l’Assemblée, avait qualifié la question de « stupide ». La question n’était pas stupide si lui a manqué de clairvoyance.

Jean-Pierre ELKABBACH

François BAROIN a défendu le projet de budget 2011. « Réduire le déficit de 8 % à 6 % », a-t-il, « c’est un effort jamais fait auparavant en France ». Le président de la commission des Finances Jérôme CAHUZAC le confirme-t-il ?

Jérôme CAHUZAC

Ca n’a jamais été réalisé. La seule fois où le déficit public a baissé en France, sous Michel ROCARD, sous Lionel JOSPIN et pendant un an sous Dominique de VILLEPIN, ce fut dans des contextes de croissance économique que notre pays ne connaît pas. L’exercice est donc tellement difficile que certains peuvent même le juger impraticable.

Jean-Pierre ELKABBACH

Il y a des mesures douloureuses, je l’ai dit. Pourtant, cette rigueur est jugée insuffisante, pâlotte, inoffensive. Et vous ?

Jérôme CAHUZAC

Ca n’est pas le commentaire que j’en ferai. En revanche…

Jean-Pierre ELKABBACH

Vous, vous dites que c’est dur ?

Jérôme CAHUZAC

En revanche, en revanche, je constate que diminuer de 20 % les crédits de la mission Travail, c'est-à-dire diminuer ce que l’Etat consentait à celles et ceux qui acceptaient de sortir de revenus d’assistance pour bénéficier de revenus du travail, je dis que, ça, cette mesure-là est totalement contradictoire avec la promesse du candidat SARKOZY qui voulait revaloriser le travail.

Jean-Pierre ELKABBACH

Et, hier, vous avez dit qu’il fallait augmenter les impôts. Ca veut dire que si, dans moins de deux ans, le PS gagne, il augmentera d’un coup les, les impôts ?

Jérôme CAHUZAC

Les impôts augmentent déjà. Tout le monde dit qu’il faudra augmenter les impôts. La question est de savoir « Quels impôts et qui va payer ? » mais tout le monde dit qu’il faudra augmenter les impôts. Et, d’ailleurs, les Français le savent qui épargnent en prévision de cette augmentation fiscale.

Jean-Pierre ELKABBACH

Et, le programme du PS, est-ce qu’il est adapté à la situation d’aujourd’hui ?

Jérôme CAHUZAC

Le programme du PS sera adapté à la situation lorsqu’il reviendra au pouvoir, je l’espère dans deux ans.

Jean-Pierre ELKABBACH

Si vous deviez évaluer ce budget 2011 comme une agence de notation indépendante, Jérôme CAHUZAC, quelle note vous lui donneriez ?

Jérôme CAHUZAC

C’est plutôt un qualificatif qu’une note, je crains ce budget « illusoire » et porteur de lendemains qui vont beaucoup déchanter.

Jean-Pierre ELKABBACH

Dernier mot, pour éviter les embardées et combiner rigueur et relance, Christine LAGARDE vient d’inventer « la rilance ». Déjà, la « rilance » fait rigoler. Mais vous ?

Jérôme CAHUZAC

C’est un néologisme qui est laid, qui tranche avec l’élégance naturelle de Christine LAGARDE et je veux croire que ce concept, ce mot lui a été suggéré par un de ses conseillers ministériels de trop puisque madame LAGARDE a huit conseillers ministériels de trop par rapport aux normes édictées par l’Elysée et Matignon. Si elle s’en débarrasse, elle n’y perdra pas.

Jean-Pierre ELKABBACH

Bonne journée !