Revue de Presse
Source : le Journal du Dimanche
La gauche choisit le supplice chinois
Les socialistes veulent affaiblir le ministre jour après jour, et souligner l’accumulation des affaires.
Dès mardi après-midi, les députés socialistes poseront à nouveau des questions à Eric Woerth sur son "affaire d’Etat". Cette ligne, "être clinique, poser des questions, exiger la transparence", a été définie dès la sortie des premiers papiers dans Mediapart et Le Point par Martine Aubry. Elle a calé avec le patron des députés Jean-Marc Ayrault, dimanche dernier, la tonalité de cette bataille parlementaire. "On n’est pas dans la chasse à l’homme, on n’attaque pas la personne, décrypte Ayrault. On veut savoir s’il y a eu évasion fiscale, si le ministre et sa femme étaient au courant, on veut comprendre pourquoi M. de Maistre n’a pas été entendu alors que le majordome, lui, a été mis en garde à vue, on voudrait clarifier le rôle de M. Ouart, ex-conseiller justice de Nicolas Sarkozy, et celui du juge Courroye."
Au coeur de cette stratégie, on retrouve Laurent Fabius. L’ancien ministre du Budget a plaidé pour que le PS parle d’"affaire Woerth-Sarkozy" et non plus d’"affaire Bettencourt". "Ce régime a un nom, c’est la ploutocratie, le régime du Président par le Président et pour ses amis", a-t-il expliqué à ses camarades. A l’exception du franc-tireur Arnaud Montebourg, le PS ne demande pas officiellement la démission d’Eric Woerth. Mais il va doser son supplice chinois.
"Faites ce que je dis, pas ce que je fais" Le ministre du Travail a réclamé, vendredi soir, que des "tiers extérieurs", comme le président de la commission des finances ou celui de la Cour des comptes, les socialistes Cahuzac et Migaud, vérifient ses dires. Réponse de Jérôme Cahuzac: "Eric Woerth est tellement fragilisé par cette affaire qu’il se croit obligé d’obtenir une caution du camp d’en face, je ne le ferai pas. Le fond du problème est l’intervention du Président et de l’exécutif sur des affaires judiciaires. Et il est insupportable que des lampistes – tel le majordome qui a enregistré Mme Bettencourt – passent quarantehuit heures en garde à vue, quand M. de Maistre, qui est peut-être l’organisateur d’une immense évasion fiscale, ne fait l’objet d’aucune enquête. S’il y en a un qui doit démissionner, c’est le juge Courroye!"
Au-delà de Woerth, c’est la multiplication des affaires qui fait sens pour la gauche: "C’est le régime du contre-exemple, faites ce que je dis, pas ce que je fais", accuse François Hollande. "On vit dans une atmosphère de décadence et d’indécence", appuie le Vert Noël Mamère. "Il y a tellement de membres du gouvernement dans une situation intenable, soupire l’écolo Cécile Duflot. Ça montre bien le gouffre entre le chef de l’Etat et les gens dans une période de crise sociale avec des réformes qui touchent toujours les mêmes." La gauche ne demande pas à Eric Woerth de partir. "Je préfère qu’il reste et qu’il s’use, s’amuse Jean-Luc Mélenchon. Il est affaibli, il n’a pas réussi à faire croire que sa réforme des retraites est juste, et maintenant il n’est pas légitime."
Cécile Amar - Le Journal du Dimanche Dimanche 27 Juin 2010

