Au coeur de cette stratégie, on retrouve Laurent Fabius. L’ancien ministre du Budget a plaidé pour que le PS parle d’"affaire Woerth-Sarkozy" et non plus d’"affaire Bettencourt". "Ce régime a un nom, c’est la ploutocratie, le régime du Président par le Président et pour ses amis", a-t-il expliqué à ses camarades. A l’exception du franc-tireur Arnaud Montebourg, le PS ne demande pas officiellement la démission d’Eric Woerth. Mais il va doser son supplice chinois.

"Faites ce que je dis, pas ce que je fais" Le ministre du Travail a réclamé, vendredi soir, que des "tiers extérieurs", comme le président de la commission des finances ou celui de la Cour des comptes, les socialistes Cahuzac et Migaud, vérifient ses dires. Réponse de Jérôme Cahuzac: "Eric Woerth est tellement fragilisé par cette affaire qu’il se croit obligé d’obtenir une caution du camp d’en face, je ne le ferai pas. Le fond du problème est l’intervention du Président et de l’exécutif sur des affaires judiciaires. Et il est insupportable que des lampistes – tel le majordome qui a enregistré Mme Bettencourt – passent quarantehuit heures en garde à vue, quand M. de Maistre, qui est peut-être l’organisateur d’une immense évasion fiscale, ne fait l’objet d’aucune enquête. S’il y en a un qui doit démissionner, c’est le juge Courroye!"

Au-delà de Woerth, c’est la multiplication des affaires qui fait sens pour la gauche: "C’est le régime du contre-exemple, faites ce que je dis, pas ce que je fais", accuse François Hollande. "On vit dans une atmosphère de décadence et d’indécence", appuie le Vert Noël Mamère. "Il y a tellement de membres du gouvernement dans une situation intenable, soupire l’écolo Cécile Duflot. Ça montre bien le gouffre entre le chef de l’Etat et les gens dans une période de crise sociale avec des réformes qui touchent toujours les mêmes." La gauche ne demande pas à Eric Woerth de partir. "Je préfère qu’il reste et qu’il s’use, s’amuse Jean-Luc Mélenchon. Il est affaibli, il n’a pas réussi à faire croire que sa réforme des retraites est juste, et maintenant il n’est pas légitime."

Cécile Amar - Le Journal du Dimanche Dimanche 27 Juin 2010