Revue de presse
Source : JDD (Journal Du Dimanche)
Cahuzac: "J’ai la réputation d’être rugueux"
Les députés socialistes ont porté Jérôme Cahuzac à la tête de la prestigieuse commission des finances de l’Assemblée, pour remplacer Didier Migaud nommé par Nicolas Sarkozy à la Cour des comptes. Ce chirurgien de 57 ans, député-maire de Villeneuve-sur-Lot, n’a jamais ménagé le gouvernement.
Votre candidature a semblé déplaire à l’Elysée qui vous trouverait trop hostile…
Parce que j’ai la réputation d’être un peu rugueux. C’est parfois vrai. Mais ceux qui le disent vous diront aussi que je ne suis jamais sectaire ni déloyal.
Vous pouvez vous entendre avec la majorité UMP?
Bien sûr. Nicolas Sarkozy a voulu que ce poste revienne à l’opposition, comme dans d’autres grandes démocraties, en sachant que la première tâche de cette fonction est d’être le garant de l’exactitude et de la sincérité des chiffres. Le gouvernement et la majorité l’acceptent et savent que c’est l’intérêt bien compris de tous. Au-delà, le consensus ne se décrète pas, il se construit. Pour y parvenir, il faut discuter.
Votre prédécesseur, Didier Migaud, est réputé consensuel.
Nous avons travaillé ensemble ces deux dernières années, de façon étroite et amicale. Didier Migaud a dénoncé le bouclier fiscal et condamné les cadeaux fiscaux de l’UMP. C’est lui qui a révélé la "niche"Copé, qui a coûté 18,6 milliards d’euros à l’Etat en 2008 et 2009. Il est jugé consensuel. Je serai consensuel comme lui.
Le gouvernement promet une réduction du déficit et de la dette. Partagez-vous cet objectif?
L’objectif, bien sûr, mais pas les moyens. L’Etat fait peser les efforts sur la Sécurité sociale et les collectivités locales car il est incapable de redresser ses propres comptes. L’emploi public se réduit dans les ministères mais, contrairement aux annonces, il augmente chez les opérateurs où 60.000 postes ont été créés entre 2006 et 2009. Côté recettes, le gouvernement s’est privé de moyens avec le bouclier fiscal, devenu un symbole indéfendable. Pour les hausses d’impôts à venir, ceux qui paieront ne seront pas ceux qui auront bénéficié de ses avantages.
L’envolée de la dette n’est pas due à la crise?
La moitié du déficit public en 2009 est due à la crise. L’autre moitié est due aux politiques gouvernementales. C’est écrit en toutes lettres dans le dernier rapport de la Cour des comptes. De plus, les centaines de milliards d’euros que l’Etat doit emprunter sont autant qui ne vont pas à l’investissement productif, donc aux créations d’emploi. A cet égard, le président de la République dit que le chômage va baisser, trois semaines plus tard le Premier ministre dit le contraire. Cette confusion au sommet de l’Etat ne contribue pas à crédibiliser les politiques menées.
Vous semblez inclassable au Parti socialiste…
Tant mieux! Les logiques d’hier sont dépassées. J’ai voté et appelé à voter pour Martine Aubry et je suis légitimiste. J’ai une réelle amitié pour Bertrand Delanoë, un grand respect pour Laurent Fabius et beaucoup d’admiration et d’espérance pour Dominique Strauss-Kahn.

